Et si on confiait le pays aux militaires ? Pourquoi pas ?
– Par Ndiawar Diop
Une réflexion sur la crise de confiance politique au Sénégal.
Et si, finalement, la question n’était plus de savoir quel homme politique pourrait sauver le Sénégal, mais de se demander si les politiques eux-mêmes sont encore capables de conduire le pays ?
La question peut paraître provocatrice, voire dérangeante. Pourtant, dans une société profondément traversée par le doute, les frustrations et la perte de confiance envers les institutions, certaines idées autrefois considérées comme impensables finissent par entrer dans le débat public.
Et si on confiait le pays aux militaires ?
Humm !
Pourquoi pas ?
La question mérite au moins d’être posée; non pas comme un appel au coup d’État, mais comme le symptôme d’un malaise profond.
Depuis plusieurs années, les Sénégalais assistent à des affrontements politiques, à des promesses non tenues, à des querelles de leadership et à des ruptures qui finissent par donner l’impression que le pouvoir politique est davantage préoccupé par ses propres équilibres que par les préoccupations quotidiennes des citoyens.
Le dernier épisode mettant aux prises Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a encore renforcé cette impression chez une partie de l’opinion. Ce qui devait incarner l’espoir d’un nouveau départ s’est transformé, aux yeux de nombreux observateurs, en une nouvelle source d’interrogations.
Et lorsque ceux qui étaient présentés comme les porteurs du changement donnent eux-mêmes le sentiment d’être incapables de s’entendre, une question finit naturellement par surgir : qui peut encore remettre de l’ordre dans la maison ?
Certains répondront : l’armée.
Pourquoi cette idée séduit-elle certains citoyens ?
Parce que l’armée demeure, dans l’imaginaire collectif, l’une des rares institutions associées à la discipline, à la hiérarchie, au devoir et au respect de la nation.
Le militaire reçoit une mission claire : servir l’État et défendre la République. Il n’est pas élu pour conquérir une clientèle politique, ni pour construire une carrière électorale.
Mais c’est précisément là que réside le danger de cette tentation.
Un militaire peut savoir commander une armée sans nécessairement savoir gouverner une société.
Diriger un pays ne consiste pas seulement à rétablir l’ordre. C’est gérer une économie, protéger les libertés, garantir la justice, construire des écoles, créer des emplois, organiser les services publics, négocier avec les partenaires internationaux et surtout accepter la contradiction.
L’histoire africaine nous enseigne d’ailleurs que les régimes militaires ne sont pas automatiquement synonymes de bonne gouvernance. Certains ont restauré temporairement l’ordre ; d’autres ont prolongé les crises, supprimé les libertés ou simplement remplacé une élite politique par une autre.
Alors, faut-il pour autant écarter totalement la question ?
Non.
Mais il faudrait peut-être déplacer le débat.
Le véritable problème n’est peut-être pas de savoir s’il faut confier le Sénégal aux militaires. Le véritable problème est de savoir comment rendre à l’État son autorité, à la politique sa dignité et aux citoyens leur confiance.
Car une démocratie qui fonctionne mal ne se soigne pas nécessairement par la disparition de la démocratie.
Elle se soigne par des institutions fortes.
Par une justice indépendante.
Par une administration compétente.
Par des élections crédibles.
Par une lutte réelle contre la corruption.
Par une classe politique capable de reconnaître ses erreurs.
Et surtout par des dirigeants qui comprennent que le pouvoir n’est pas une propriété personnelle, mais une responsabilité temporaire confiée par le peuple.
Quant aux questions d’immigration et de sécurité, elles doivent elles aussi être traitées avec lucidité, sans amalgame. Le Sénégal est historiquement une terre d’accueil et un carrefour régional. Mais cela ne signifie pas que l’État doit renoncer à contrôler ses frontières, à connaître les flux migratoires, à faire respecter ses lois ou à garantir la sécurité de ses citoyens. Une politique migratoire maîtrisée et une politique sécuritaire efficace peuvent parfaitement être défendues sans transformer les étrangers en boucs émissaires.
La colère populaire mérite donc d’être entendue, mais elle ne doit pas être transformée en rejet de l’autre.
Aujourd’hui, le Sénégal se trouve peut-être devant un choix historique : continuer à personnaliser la politique autour de quelques hommes, ou construire enfin un État suffisamment solide pour survivre aux hommes qui le dirigent.
Parce qu’au fond, le Sénégal n’a peut-être pas besoin d’un homme fort. Il a besoin d’institutions fortes.
Si les politiques ont failli, qu’ils soient sanctionnés démocratiquement.
S’ils ont trahi leurs engagements, que les citoyens leur retirent leur confiance dans les urnes.
S’ils ont gouverné sans résultats, qu’ils rendent des comptes.
Mais si nous voulons véritablement changer le destin du pays, ne cherchons pas seulement celui qui commandera le mieux.
Demandons-nous plutôt :
Comment construire un Sénégal où personne; civil ou militaire; ne puisse jamais être plus puissant que les institutions de la République ?
C’est peut-être là que se trouve la véritable alternative.
Et c’est peut-être aussi la seule manière de sortir définitivement du cycle des déceptions, des hommes providentiels et des espoirs brisés.
Just Saying !
Par Ndiawar Diop
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