Marième Soda Camara, « Coach Soda » : une championne s’en est allée, mais son empreinte restera à jamais dans le sport sénégalais
Hommage à une amie, une sœur, une athlète et une femme de transmission
Par Ndiawar Diop
Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un !
C’est l’une des nouvelles que l’on apprend avec le cœur serré; une des disparitions qui nous rappelle brutalement que, derrière les exploits sportifs, les médailles et les titres, il y a surtout des femmes et des hommes qui ont marqué nos vies.
La disparition de Marième Soda Camara, affectueusement appelée « Coach Soda », fait partie de ces douloureuses nouvelles qui me font soufrir.
À travers ces quelques lignes, je veux rendre hommage non seulement à une grande sportive sénégalaise, mais surtout à une amie, une sœur et une compagne de route dans l’univers du sport de l’US GOREE – UNION SPORTIVE DE GOREE, SECTION ATHLETISME.
Nous avons partagé une partie de notre jeunesse sportive à l’US Gorée, où Soda pratiquait notamment l’athlétisme sur les longues distances. Elle était de ces athlètes qui semblaient toujours avoir besoin de courir, de bouger, de se dépasser. Son amour du sport était profond, naturel, presque instinctif.
Et lorsque les années de compétition ont pris fin, elle n’a jamais véritablement quitté le monde sportif. Elle est devenue coach, éducatrice et encadreuse, transmettant aux générations suivantes ce qu’elle avait elle-même appris sur les terrains, sur les pistes et dans les bassins.
Marième Soda Camara était une véritable sportive pluridisciplinaire.
La natation fut évidemment son royaume. Une archive publiée en 2009 par Au Sénégal rappelle qu’elle avait appris à nager dès l’âge de cinq ans à Gorée, avant d’intégrer l’US Gorée. Elle racontait alors que, jeune fille, elle pouvait effectuer de longues traversées entre Dakar et Gorée et multiplier les séances de natation en mer.
Son palmarès en natation est impressionnant : sept titres consécutifs de championne du Sénégal en bassin, avec des victoires dans les quatre nages, papillon, dos, brasse et crawl, ainsi que cinq victoires dans la mythique traversée Dakar-Gorée, en 1987, 1988, 1989, 1993 et 1998. Le palmarès historique de l’épreuve confirme ces cinq succès sous les couleurs de l’US Gorée.
Mais réduire Soda à la seule natation serait lui faire injustice. Elle pratiquait également l’athlétisme, le football et le taekwondo.
Dans son entretien de 2009, elle expliquait avoir obtenu sa première licence d’athlétisme en 1988, avoir participé au semi-marathon de Dakar et au Marathon international de Dakar. Elle racontait aussi qu’elle jouait au football et au beach soccer avec les garçons lorsqu’elle était jeune.
C’était cela, Soda : une énergie sportive presque inépuisable.
Personnellement, je garderai de Marième Soda un souvenir encore plus intime que celui de la championne que connaissent les archives sportives. Je l’ai connue comme une camarade de sport, une amie et une sœur. Nous avons fait de l’athlétisme ensemble à l’US Gorée. Elle s’illustrait dans les longues distances et possédait cette capacité particulière à aller chercher au fond d’elle-même les ressources nécessaires pour terminer une course.
À cette époque, nous partagions les entraînements, les compétitions, les discussions et cette fraternité particulière que seul le sport peut créer. Car le sport rassemble des personnes qui, parfois, restent liées toute une vie.
Les années ont passé. Les compétitions ont cessé, les trajectoires professionnelles ont changé, mais le lien n’a jamais complètement disparu. Nous avons continué à échanger de temps en temps, notamment par WhatsApp. Et aujourd’hui, ce sont justement ces petits échanges ordinaires qui prennent une valeur immense. Notre dernière communication remonte à quelques semaines seulement.
Je ne pouvais évidemment pas imaginer que cette conversation ferait partie de nos derniers échanges.
Après sa carrière de compétitrice, Soda a choisi une autre forme de victoire : la transmission.
Elle est devenue coach et maître-nageuse-sauveteuse, notamment à la Piscine nationale olympique. Son parcours de formation et d’encadrement s’est également prolongé dans le triathlon :
une liste de coachs certifiés de World Triathlon mentionne Marième Soda Camara parmi les entraîneurs de niveau 1 au Sénégal, avec une certification obtenue en 2018. En 2017, elle était notamment citée comme coach accompagnant de jeunes triathlètes sénégalais dans le cadre d’un camp en Tunisie.
Voilà encore une dimension importante de son héritage : elle ne s’est pas contentée d’avoir été championne ; elle a voulu contribuer à fabriquer les champions de demain.
C’est probablement là que réside la plus belle définition d’un coach : accepter que la lumière soit désormais portée par les autres.
Soda était profondément liée à Gorée. C’est sur cette île qu’elle avait découvert la natation. C’est à l’US Gorée qu’elle avait construit une partie de son parcours sportif. Et c’est sous les couleurs du club qu’elle a inscrit son nom dans le palmarès de la traversée Dakar-Gorée.
Son histoire est donc intimement liée à cette mer qu’elle aimait tant.
Cette mer qui séparait Gorée de Dakar mais qui, pour elle, semblait surtout être un terrain de jeu, d’effort et de liberté. Soda a nagé dans cette mer. Soda y a gagné. Soda y a grandi. Et elle a ensuite consacré une partie de sa vie à apprendre aux autres à y évoluer.
Au revoir, Coach Soda…
Aujourd’hui, je ne veux pas seulement parler de statistiques, de titres ou de palmarès. Je veux parler de Soda la femme. De son sourire. De sa simplicité. De cette proximité qui permettait de reprendre contact après des années comme si aucune distance n’avait jamais existé.
Je veux parler de cette sœur sportive avec laquelle j’ai partagé les années de jeunesse, les entraînements et les chemins parfois difficiles de la compétition. La disparition d’un sportif est toujours particulière pour ceux qui ont partagé les mêmes pistes. Parce que nous savons les sacrifices qu’il faut consentir. Nous savons les réveils matinaux, les kilomètres parcourus, la fatigue, les blessures, les défaites, les victoires, et surtout cette volonté de recommencer le lendemain.
Marième Soda Camara aura vécu le sport pleinement. Elle l’a pratiqué. Elle l’a aimé. Elle l’a défendu. Elle l’a enseigné. Et surtout, elle l’a transmis. Son nom appartient désormais à la mémoire du sport sénégalais. Mais pour ceux qui l’ont connue personnellement, elle restera davantage qu’une championne : elle restera Soda, notre amie, notre sœur, notre Coach.
En ce moment douloureux, mes pensées vont à sa famille, à ses proches, à ses amis, à ses anciens coéquipiers, à ses élèves et à toute la grande famille du sport sénégalais. Je prie Allah, Le Tout-Puissant et Le Miséricordieux, de lui accorder Son pardon et Sa miséricorde.
Qu’Allah SWT lui pardonne ses péchés, illumine sa tombe, l’élargisse et lui accorde une place parmi les serviteurs vertueux.
Qu’Allah l’accueille dans Son vaste Paradis, le Jannatul Firdaus.
Qu’Il donne à sa famille la force, la patience et le courage nécessaires pour traverser cette douloureuse épreuve. Et qu’Il fasse de toutes les générations de sportifs qu’elle a accompagnées et formées une œuvre qui continue à lui rapporter des récompenses, même après son départ de ce monde.
Repose en paix, ma sœur.
Repose en paix, mon amie.
Repose en paix, Coach Soda.
La piste continuera de voir courir les athlètes.
La piscine continuera de voir nager les champions.
La mer continuera de séparer Dakar et Gorée.
Mais désormais, chaque fois que nous regarderons ces eaux, nous penserons à toi.
À jamais dans nos cœurs.
Inna lillahi wa inna ilayhi raji’un.
Que la terre lui soit légère.
Qu’Allah SWT lui accorde le Paradis éternel. Amine.
Par Ndiawar Diop
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