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Comprendre le Dossier « Madiambal Diagne » : ce que dit réellement le dossier judiciaire entre Dakar et Paris. Par Ndiawar Diop

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Comprendre le Dossier « Madiambal Diagne » : ce que dit réellement le dossier judiciaire entre Dakar et Paris

– Par Ndiawar Diop

Entre mandat d’arrêt international, notice rouge d’Interpol, accusations de blanchiment et d’escroquerie, départ du Sénégal, arrestation en France, contrôle judiciaire et avis partiellement favorable à l’extradition, l’affaire Madiambal Diagne est devenue l’un des dossiers judiciaires les plus suivis entre Dakar et Paris. Mais derrière les déclarations politiques et les manchettes parfois simplificatrices, que reproche exactement la justice sénégalaise au journaliste ? Pourquoi la France ne l’a-t-elle pas encore remis au Sénégal ? Et que signifie réellement la décision de la Cour d’appel de Versailles du 3 mars 2026 ?

Il convient, avant toute chose, de rappeler une règle essentielle : Madiambal Diagne est poursuivi et non condamné dans cette affaire. Les faits qui lui sont reprochés sont ceux exposés par les autorités judiciaires sénégalaises dans le cadre de la procédure d’extradition. La justice française, lorsqu’elle a examiné cette demande, n’avait pas pour mission de dire s’il était coupable ou innocent, mais de vérifier si les conditions légales de son extradition étaient réunies. Cette distinction est fondamentale pour comprendre le dossier.

Une affaire née autour d’Ellipse Projects et de la SCI Pharaon

À l’origine de la procédure se trouve une enquête financière concernant des flux impliquant notamment Madiambal Diagne, la SCI Pharaon et la société Ellipse Projects.
Selon les éléments transmis par le Sénégal à la justice française, l’affaire concerne un programme de modernisation et de construction d’infrastructures judiciaires évalué à 250 milliards de francs CFA.

Le dossier judiciaire fait apparaître un élément qui a particulièrement retenu l’attention des enquêteurs : le 5 février 2020, soit plusieurs mois avant la conclusion du contrat principal avec l’État sénégalais, Ellipse Projects et la SCI Pharaon avaient conclu une convention de sous-traitance portant sur une rémunération annoncée de 20,334 milliards de francs CFA.

C’est précisément cette chronologie qui alimente une partie des soupçons.
Selon les éléments de l’enquête financière cités dans la procédure, la SCI Pharaon était une société familiale dans laquelle Madiambal Diagne, son épouse et leurs enfants détenaient des intérêts. Les enquêteurs ont également considéré que la société ne présentait pas, selon leurs constatations, l’expertise technique correspondant aux prestations importantes qui lui étaient attribuées.

Mais attention :
un soupçon d’anomalie contractuelle n’est pas en lui-même la preuve définitive d’une infraction. C’est justement le rôle de l’instruction judiciaire de déterminer si les opérations contestées correspondaient à des prestations réelles, à une rémunération normalement justifiée ou, au contraire, à un montage frauduleux.

Plus de 11 milliards de francs CFA au cœur des interrogations

Le dossier transmis à la justice française évoque des mouvements financiers particulièrement importants. Les autorités sénégalaises ont notamment indiqué que la SCI Pharaon avait reçu d’Ellipse Projects des virements représentant environ 11,892 milliards de francs CFA.
Le dossier mentionne également deux opérations d’environ 2,053 milliards de francs CFA chacune, effectuées en avril et juin 2022, soit un cumul d’environ 4,106 milliards de francs CFA. Les autorités sénégalaises ont présenté ces opérations comme des mouvements suspects, notamment en raison du caractère répété de certains versements.

Le dossier évoque par ailleurs des retraits en espèces et des chèques bénéficiant à des personnes physiques.

L’un des éléments cités dans l’arrêt de la Cour d’appel de Versailles concerne l’épouse de Madiambal Diagne, à qui sept chèques auraient été versés pour un montant cumulé de 1,1765 milliard de francs CFA. Le dossier indique également qu’elle aurait déclaré aux enquêteurs avoir effectué certains retraits à la demande de son époux et lui avoir remis les fonds.

Ces éléments constituent des éléments de l’accusation et de l’instruction, et non une décision judiciaire définitive établissant que ces sommes auraient été détournées ou blanchies.

Ce que Madiambal Diagne répond:

Madiambal Diagne conteste fondamentalement l’interprétation faite de ces opérations. Dans une déclaration publique, il a affirmé n’avoir signé aucun contrat avec une entité publique, n’avoir participé à aucune négociation de marché public et qu’aucun fonds provenant directement du Trésor public n’avait été versé sur ses comptes personnels. Il a expliqué que la SCI Pharaon avait conclu un contrat commercial avec Ellipse Projects, entreprise privée française, pour des prestations d’assistance et d’exécution de travaux techniques.

Cette défense constitue l’un des points centraux du dossier : les enquêteurs sénégalais voient dans la relation Ellipse–Pharaon un mécanisme susceptible d’avoir permis l’appropriation de fonds publics ; Madiambal Diagne présente, lui, cette relation comme une opération commerciale privée et juridiquement distincte du contrat conclu entre l’État et Ellipse Projects.

C’est cette contradiction qu’une véritable instruction au fond devra, en définitive, éclaircir.

Les chefs d’accusation

Le mandat d’arrêt délivré le 26 septembre 2025 par le collège des juges d’instruction financiers du Pool judiciaire financier de Dakar vise notamment Madiambal Diagne pour :

– association de malfaiteurs ;

– escroquerie portant sur des deniers publics ;

– blanchiment de capitaux commis par un groupe criminel organisé ;

– utilisation de facilités procurées par l’exercice d’une activité professionnelle ;

– ainsi que des faits de complicité selon les qualifications retenues dans la procédure.

Il faut souligner que ces qualifications correspondent aux poursuites engagées par la justice sénégalaise. Elles ne constituent pas une condamnation.

Pourquoi Madiambal Diagne est-il parti en France ?

C’est l’autre grande question du dossier.
Les autorités sénégalaises ont indiqué qu’il faisait l’objet d’un avis de recherche, d’une interdiction de sortie du territoire et d’une mesure d’interpellation lorsqu’il a quitté le pays en septembre 2025. La RTS avait rapporté qu’il avait été convoqué dans le cadre de l’enquête sur les transactions financières et qu’il ne s’était pas présenté aux enquêteurs.

Le 26 septembre 2025, un mandat d’arrêt a été délivré contre lui. Le Sénégal a ensuite adressé une demande d’extradition aux autorités françaises.

Le 3 octobre 2025, une notice rouge d’Interpol a été diffusée à la demande du Sénégal. Il faut ici apporter une précision juridique souvent absente du débat public : une notice rouge d’Interpol n’est pas, en elle-même, un mandat d’arrêt international exécutoire dans tous les pays. Elle constitue une demande de localisation et d’arrestation provisoire dans le cadre d’une procédure d’extradition, chaque État appliquant son propre droit.

La France a effectivement procédé à son interpellation le 21 octobre 2025. Madiambal Diagne a ensuite été placé sous contrôle judiciaire. Pourquoi la France ne l’a-t-elle pas remis immédiatement au Sénégal ?

C’est ici que le dossier devient juridiquement plus complexe.

Madiambal Diagne a refusé sa remise au Sénégal. Il a notamment soutenu devant les autorités françaises qu’il ne souhaitait pas se soustraire à la justice, mais qu’il voulait pouvoir rentrer dans son pays dans des conditions garantissant sa sécurité et son droit à un procès équitable. La France a donc engagé sa propre procédure d’extradition.

Selon le droit français, lorsque la personne recherchée refuse son extradition, la chambre de l’instruction examine la demande et rend un avis motivé. Si cet avis est favorable, la procédure peut ensuite se poursuivre au niveau gouvernemental. L’article 696-18 du Code de procédure pénale prévoit que, dans les cas où l’avis de la chambre de l’instruction ne repousse pas la demande, l’extradition est autorisée par décret du Premier ministre.

Autrement dit, le mandat sénégalais et la notice rouge Interpol ne suffisent pas à eux seuls à provoquer automatiquement la remise de Madiambal Diagne au Sénégal.
La décision de Versailles : un « oui », mais pas un oui total
Le 3 mars 2026, la Cour d’appel de Versailles a rendu son avis.

Sa formulation est particulièrement importante : la cour s’est déclarée « partiellement favorable » à la demande d’extradition, en raison notamment de la prescription d’une partie des faits visés. Cette décision ne signifie donc ni que Madiambal Diagne a été déclaré coupable, ni que l’ensemble des accusations sénégalaises ont été validées.

La juridiction française a elle-même rappelé, dans son arrêt, qu’en matière d’extradition il ne lui appartient pas de juger la réalité des charges comme le ferait une juridiction de jugement. Son contrôle porte notamment sur les conditions juridiques de l’extradition, la précision des faits, la double incrimination et les règles applicables à la prescription. La Cour a donc effectué un contrôle juridique de la demande sénégalaise, et non un procès de Madiambal Diagne.

La prescription :
un élément juridique majeur La prescription est l’un des points qui explique le caractère partiel de l’avis français. Une partie des faits visés par la demande sénégalaise n’a pas pu être retenue dans l’avis favorable en raison de la prescription.

Cette question n’est pas secondaire. Elle montre précisément pourquoi une procédure d’extradition ne consiste pas simplement à comparer un mandat d’arrêt à une notice Interpol. La Cour de cassation française a récemment rappelé, dans une autre affaire d’extradition, que les règles de prescription applicables doivent notamment être appréciées au regard de la législation de l’État requérant, sous réserve des exceptions prévues par le droit français.

Le pourvoi en cassation : une nouvelle étape
Après la décision de Versailles, la défense de Madiambal Diagne a annoncé un pourvoi en cassation. Ses avocats contestent notamment la régularité et le bien-fondé juridique de l’avis rendu par la chambre de l’instruction. Il faut toutefois comprendre ce que signifie un tel recours.

La Cour de cassation n’est pas appelée à refaire l’enquête financière sénégalaise. Dans ce type de procédure, le contrôle du pourvoi contre l’avis de la chambre de l’instruction est juridiquement encadré. Le Code de procédure pénale prévoit notamment que le pourvoi contre cet avis est limité aux vices de forme susceptibles d’affecter les conditions essentielles de son existence légale.

Au 27 septembre 2026, nous n’avons pas identifié dans les sources publiques consultées une décision nouvelle de la Cour de cassation française venant clore ce recours. Il convient donc de ne pas présenter l’extradition comme définitivement acquise.
La dimension politique : accusation ou réalité établie ?

C’est probablement le terrain le plus sensible de cette affaire.

La défense de Madiambal Diagne soutient que la procédure serait également liée à ses positions politiques et à son activité de journaliste. Ses avocats ont notamment invoqué sa proximité passée avec l’ancien président Macky Sall, son travail de journaliste et son positionnement critique à l’égard du pouvoir sénégalais. Ils ont également soulevé des préoccupations relatives au droit à un procès équitable et aux droits fondamentaux.

Mais il faut être rigoureux :
l’existence d’un contexte politique ne permet pas, à elle seule, de conclure que les poursuites sont politiquement motivées. Inversement, le fait qu’une procédure porte sur des flux financiers et qu’elle soit engagée par une juridiction financière ne permet pas davantage d’écarter automatiquement toute interrogation sur son contexte politique. C’est précisément pour cette raison que le journaliste doit rester prudent : documenter, confronter, vérifier et laisser les parties répondre.

Une affaire qui soulève une question plus large Au-delà de la personne de Madiambal Diagne, cette affaire pose une question essentielle sur la frontière entre justice financière, responsabilité individuelle, liberté de la presse et contexte politique.
Le Sénégal affirme disposer d’éléments financiers suffisamment sérieux pour justifier les poursuites. La défense affirme, au contraire, que les relations contractuelles ont été mal interprétées et que la procédure présente une dimension politique.

La justice française, elle, n’a pas choisi entre ces deux récits. Elle a procédé à son propre contrôle juridique et a abouti à une solution intermédiaire : une extradition partiellement admise, une partie des faits étant écartée notamment en raison de la prescription. Cette nuance est capitale Le dossier n’est donc pas terminé Contrairement à certaines présentations, l’affaire Madiambal Diagne n’est pas juridiquement close.

Il existe plusieurs niveaux distincts :
Dakar poursuit Madiambal Diagne dans le cadre de l’information judiciaire financière. Interpol a diffusé une notice rouge à la demande du Sénégal. La France l’a arrêté puis placé sous contrôle judiciaire. La Cour d’appel de Versailles a rendu un avis partiellement favorable à son extradition. La défense a engagé un recours en cassation. Et, en droit français, un éventuel avis favorable définitif peut encore conduire à une phase gouvernementale avant une remise effective, conformément au régime français de l’extradition.

Nous sommes donc loin d’un scénario aussi simple que : « Madiambal Diagne est recherché par le Sénégal, donc la France doit automatiquement le renvoyer. »
Le droit de l’extradition ne fonctionne pas ainsi.

Notre regard de journaliste
L’affaire Madiambal Diagne mérite mieux que les slogans.
Elle mérite que l’on publie les mandats, les décisions de justice, les pièces financières lorsqu’elles sont légalement accessibles, les contrats concernés et les réponses de la défense. Elle mérite également que l’on distingue trois niveaux que le débat public mélange trop souvent :

ce que les enquêteurs soupçonnent ; ce que le parquet reproche ; et ce qu’une juridiction établira éventuellement comme vrai après examen contradictoire.
À ce stade, les accusations financières sont suffisamment sérieuses pour justifier une information judiciaire et un examen judiciaire approfondi. Mais elles ne peuvent être transformées journalistiquement en condamnation avant qu’une juridiction compétente ait statué sur le fond.

De la même manière, les arguments de Madiambal Diagne sur une éventuelle dimension politique doivent être publiés et examinés, mais ils doivent être présentés comme les arguments de sa défense, et non comme une vérité judiciaire définitivement établie.
C’est précisément dans ce type de dossier que la rigueur journalistique prend tout son sens.

Une justice indépendante doit pouvoir enquêter sur les puissants. Une presse libre doit pouvoir questionner la justice. Et un accusé doit pouvoir répondre aux accusations portées contre lui. Ces trois principes ne sont pas contradictoires : ils constituent les conditions d’un débat démocratique et d’une information crédible.

L’affaire Madiambal Diagne est désormais entre les mains de plusieurs institutions judiciaires et, à certains stades, administratives. La prochaine étape française sera déterminante pour savoir si l’avis partiellement favorable de Versailles résistera aux recours engagés par la défense et si la procédure d’extradition pourra se poursuivre.

En attendant, une certitude demeure : Madiambal Diagne n’est pas, à ce stade, un homme condamné par la justice française dans cette affaire. Il est un homme poursuivi au Sénégal, recherché dans le cadre d’une procédure internationale et dont l’extradition fait l’objet d’un contentieux judiciaire en France.

C’est cette réalité juridique, avec toutes ses nuances, que le public doit connaître.

Par Ndiawar Diop Sunuker News Desk
Dossier suivi par la rédaction de Sunuker.com

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