ÉTAT CIVIL, IMMIGRATION : LE SÉNÉGAL A LE DROIT DE PROTÉGER SA SOUVERAINETÉ SANS S’EXCUSER !
Lutter contre les faux documents, exiger le respect des lois et défendre l’identité nationale ne devraient jamais être confondus avec le rejet des étrangers.
Par Ndiawar Diop
Le débat autour de la protection de l’état civil sénégalais et du contrôle du séjour des étrangers soulève une question fondamentale : le Sénégal peut-il défendre sa souveraineté sans être systématiquement accusé de xénophobie ? À l’heure où les discussions sur ces sujets suscitent de vives réactions, il est nécessaire de dépasser les procès d’intention pour examiner les enjeux réels.
Le Sénégal est une terre d’hospitalité, de brassage culturel et de coexistence entre les peuples. La teranga est une richesse qu’il faut préserver. Mais accueillir les autres ne signifie pas renoncer à faire respecter les lois, ni abandonner le contrôle des documents officiels qui fondent l’identité juridique des citoyens.
Un acte de naissance n’est pas un simple papier administratif. Il peut servir à obtenir une carte nationale d’identité ou un passeport, à établir une filiation et à faire valoir des droits. Sa falsification fragilise les institutions, menace les droits des citoyens et porte atteinte à la crédibilité de l’administration. La protection de l’état civil doit donc constituer une priorité nationale.
En février 2026, une proposition de loi portée par le député Tahirou Sarr visait à renforcer la répression de la vente frauduleuse des actes d’état civil. Cette initiative mérite un examen sérieux, car la lutte contre la fraude documentaire ne devrait pas être réduite à une querelle politique. Elle doit permettre de responsabiliser les faussaires, les intermédiaires, les éventuels agents publics complices et toute personne qui participe sciemment à de telles pratiques.
Plusieurs affaires présumées de falsification de documents administratifs ont été signalées en 2026 à Thiès, Marsassoum, Ziguinchor et Richard-Toll. Ces dossiers, qui doivent être appréciés selon leur état d’avancement judiciaire, illustrent les risques liés aux failles administratives et à la corruption. Ils ne permettent toutefois pas d’accuser collectivement les étrangers : les responsabilités doivent être établies individuellement par la justice.
La question du séjour des étrangers mérite la même rigueur. Réclamer l’application des règles n’est pas automatiquement une manifestation de haine. Les États ont le droit d’organiser les conditions d’entrée, de résidence et d’établissement sur leur territoire, dans le respect de leurs engagements juridiques. Le Sénégal doit notamment tenir compte du cadre de la CEDEAO relatif à la libre circulation, à la résidence et à l’établissement des citoyens des États membres.
Une politique migratoire sérieuse exige des textes clairs, des contrôles proportionnés et une application équitable de la loi. Elle ne doit ni transformer les étrangers en boucs émissaires ni empêcher l’État d’exercer ses responsabilités. La fermeté administrative et le respect de la dignité humaine ne sont pas incompatibles.
Les critiques qui mettent en garde contre la stigmatisation doivent être entendues. Aucun responsable ne devrait présenter une communauté entière comme responsable des difficultés nationales. Mais, inversement, qualifier systématiquement de xénophobe toute demande de contrôle des documents ou d’application des règles de séjour revient à fermer un débat légitime.
Il est également possible de soutenir le renforcement de la protection de l’état civil sans approuver toutes les positions d’un responsable politique sur l’immigration. Chaque proposition doit être évaluée selon son contenu, sa légalité, son efficacité et ses conséquences pour la société.
Le Sénégal n’a pas à choisir entre la souveraineté et la teranga. Il peut accueillir les étrangers, respecter ses engagements régionaux et internationaux, tout en protégeant ses registres, en combattant la corruption et en exigeant que les procédures administratives soient respectées.
Défendre l’état civil sénégalais n’est pas combattre les étrangers. Exiger le respect des lois ne constitue pas, en soi, une preuve de xénophobie. La véritable exigence est de construire un État capable de protéger ses citoyens, de contrôler son administration et d’appliquer la loi sans discrimination.
La souveraineté ne se proclame pas seulement dans les discours : elle se construit par des institutions fiables, une justice impartiale et des règles compréhensibles par tous. C’est sur ces principes que les propositions visant à protéger l’identité juridique du Sénégal doivent être examinées, loin des caricatures et des procès d’intention.
Ndiawar Diop
NdiawarDiop.com


















































