DEUX RAKKAS, UN PEUPLE, UNE FOI : JËRËJËF SERIGNE TOUBA !
– Par Serigne Saliou Diop Ndiawar
Le 5 septembre 1895, à Ndar, alors que tout semblait écrit contre lui, Serigne Touba entra dans l’histoire par la seule porte qu’aucun pouvoir ne pouvait lui fermer : celle de la foi.
Convoqué devant l’autorité coloniale, avec l’exil au Gabon qui se dessinait déjà à l’horizon, il ne trembla pas. Il ne négocia pas sa foi. Il ne courba pas son front devant la puissance des hommes. Il se tourna vers Allah. Et il pria. Deux Rakkas.
Deux Rakkas seulement…
Mais parfois, deux Rakkas suffisent pour écrire un siècle.
J’ai eu le privilège de me tenir dans ces lieux. J’ai prié dans la cellule où Serigne Touba fut détenu. J’ai visité cette salle d’audience où son destin devait être décidé. J’ai marché dans ces espaces où l’histoire du Sénégal s’est écrite dans le silence, la patience et la confiance absolue en Allah.
Et chaque fois que je pense à ces lieux, je me dis que certaines pierres parlent plus fort que les hommes.
Le colonisateur voulait enfermer un homme.
Allah préparait l’élévation d’un Cheikh.
Il voulait l’exiler.
Il l’a rendu universel.
Il voulait isoler sa voix.
Elle est devenue celle de générations.
Il voulait éprouver sa foi.
Il a donné à tout un peuple une leçon de confiance en Allah.
Aujourd’hui, 5 septembre 2026, Saint-Louis commémore la 50e édition du Magal des Deux Rakkas. Cette journée rappelle cette prière accomplie par Cheikh Ahmadou Bamba devant l’autorité coloniale, dans l’ancien Palais du gouverneur de l’AOF, avant son départ en exil vers le Gabon.
Mais pour moi, les Deux Rakkas ne sont pas seulement une commémoration.
C’est une mémoire.
C’est une résistance.
C’est une dignité.
C’est une confiance.
C’est un message.
Le message qu’un homme peut être privé de liberté sans jamais être privé de sa foi.
Et peut-être que c’est aussi là que réside une partie de notre Sénégal d’aujourd’hui : un pays où, malgré nos différences, nos contradictions et nos querelles, les hommes de Dieu peuvent encore prier, enseigner et transmettre leur foi dans la paix.
Cette liberté religieuse, cette cohabitation, ce respect de nos guides et de nos confréries ne sont pas tombés du ciel par hasard. Ils sont aussi le fruit de sacrifices, de patience et de courage laissés par ceux qui nous ont précédés.
Serigne Touba n’a pas libéré le Sénégal avec une armée.
Il l’a marqué avec une prière.
Et parfois, une prière est plus puissante qu’une armée.
Alors aujourd’hui, de Ndar à Touba, du Sénégal au-delà de nos frontières, nous ne faisons pas que nous souvenir.
Nous disons merci.
Nous disons Jërëjëf.
Nous disons Jërëjëf Serigne Touba.
Parce que certaines victoires ne se mesurent pas au bruit des canons.
Elles se mesurent au silence de deux Rakkas.
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