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Quand les idéologies meurent mais refusent d’être enterrées. Par Ndiawar Diop

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Quand les idéologies meurent mais refusent d’être enterrées

Par Ndiawar Diop

L’histoire politique est parfois ironique. Alors que le monde redessine ses priorités autour de la souveraineté économique, de la compétitivité, de l’intelligence artificielle, de la sécurité énergétique et des intérêts nationaux, une partie de la classe politique sénégalaise continue de recycler des logiciels idéologiques conçus au siècle dernier.

Le paradoxe est saisissant. Les doctrines politiques qui ont façonné une partie de la gauche occidentale sont aujourd’hui profondément remises en question jusque dans les pays où elles sont nées. En Europe, les partis sociaux-démocrates traditionnels ont perdu une grande partie de leur influence, tandis que de nombreux États privilégient désormais des politiques davantage centrées sur la souveraineté économique, la compétitivité, la sécurité et la défense de leurs intérêts stratégiques. Dans le même temps, l’Afrique est engagée dans une compétition mondiale où les grands ensembles géopolitiques cherchent avant tout à défendre leurs propres intérêts.

Pourtant, au Sénégal, certains acteurs politiques continuent de faire de vieux affrontements idéologiques le cœur de leur discours. Au lieu de construire une vision de rassemblement national, ils entretiennent une lecture permanente de la société opposant « le peuple » à « l’élite », les « patriotes » aux « traîtres », ou encore les « révolutionnaires » aux « conservateurs ».

Cette polarisation n’est pas sans conséquences. Les années ayant précédé l’alternance de 2024 ont été marquées par une forte tension politique, des manifestations meurtrières, des affrontements avec les forces de l’ordre, une profonde crise de confiance entre les institutions et une image du Sénégal fragilisée à l’international. Les responsabilités de cette période font toujours l’objet de débats politiques et judiciaires, mais le constat est largement partagé : le climat national s’est profondément détérioré.

Le slogan « Diomaye mooy Sonko » avait permis à Bassirou Diomaye Faye d’accéder à la magistrature suprême en se présentant comme le prolongement politique d’Ousmane Sonko. Deux ans plus tard, les tensions apparues au sommet de l’État, jusqu’à la rupture entre les deux hommes en 2026, ont montré que l’exercice du pouvoir impose souvent des arbitrages très différents des slogans de campagne.

Gouverner un pays ne consiste pas à prolonger indéfiniment une logique de confrontation. Gouverner exige de rassurer les investisseurs, de préserver la stabilité des institutions, de maintenir le dialogue social, de consolider la crédibilité financière de l’État et de parler à tous les Sénégalais, y compris à ceux qui ne partagent pas les mêmes convictions politiques.

L’expérience récente rappelle également qu’une opposition peut mobiliser autour d’un discours de rupture, mais qu’une fois au pouvoir, elle se trouve confrontée aux contraintes de la gestion quotidienne : finances publiques, dette, négociations internationales, emploi des jeunes, coût de la vie et attractivité économique. Les défis du pouvoir ne se résument jamais aux promesses de campagne.

Le Sénégal a aujourd’hui besoin d’une nouvelle culture politique. Une culture où l’adversaire n’est plus considéré comme un ennemi, où le patriotisme ne s’apprécie pas à l’appartenance partisane et où les institutions priment sur les personnalités.

Le XXIᵉ siècle n’est plus celui des blocs idéologiques qui structuraient la guerre froide. Il est celui des nations qui savent défendre leurs intérêts, coopérer avec leurs partenaires, attirer les investissements, moderniser leur économie et préserver leur cohésion sociale.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à entretenir une mobilisation permanente contre une partie du pays. Il consiste à créer les conditions permettant aux Sénégalais de travailler ensemble malgré leurs différences.

C’est sans doute là que se jouera l’avenir du Sénégal : non dans la victoire définitive d’un camp sur un autre, mais dans la capacité des responsables politiques à faire prévaloir l’intérêt national sur les affrontements permanents.

Ndiawar Diop

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