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Chronique – Ousmane Sonko : les années de confrontation qui ont bouleversé le Sénégal. Par Ndiawar Diop

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Chronique – Ousmane Sonko : les années de confrontation qui ont bouleversé le Sénégal

Par Ndiawar Diop

L’histoire politique contemporaine du Sénégal ne pourra jamais être écrite sans consacrer un chapitre entier à Ousmane Sonko. En quelques années, l’ancien inspecteur des impôts est devenu l’une des personnalités les plus influentes de la vie politique sénégalaise. Il a su mobiliser une jeunesse en quête de changement, dénoncer avec force la corruption, le chômage, les inégalités et ce qu’il qualifiait de dérives du régime de Macky Sall.

Mais cette ascension fulgurante s’est également accompagnée d’une période parmi les plus mouvementées de l’histoire récente du Sénégal.

@jobejawar

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Entre 2021 et 2024, le pays a connu une succession de crises politiques, judiciaires et sécuritaires qui ont profondément marqué la République. Les procédures judiciaires visant Ousmane Sonko, son arrestation à plusieurs reprises, les restrictions imposées à ses déplacements, puis la dissolution de son parti PASTEF ont alimenté une confrontation permanente entre le pouvoir et l’opposition.

Les manifestations qui ont suivi ces événements ont malheureusement fait de nombreuses victimes, causé d’importants dégâts matériels, paralysé plusieurs villes du pays et porté un coup sévère à l’économie nationale. Des commerces ont été pillés, des bâtiments publics incendiés, des stations-service, des bus et des infrastructures privées détruits, tandis que les forces de sécurité et les manifestants se sont affrontés dans un climat de très forte tension.

Ces épisodes tragiques continuent aujourd’hui d’alimenter un débat politique qui reste loin d’être refermé.

Pour les autorités de l’époque, plusieurs discours et mots d’ordre de l’opposition contribuaient à créer un climat insurrectionnel. Le gouvernement de Macky Sall a même poursuivi Ousmane Sonko pour diverses infractions, dont l’incitation à l’insurrection, avant de dissoudre PASTEF en juillet 2023 en estimant que le parti entretenait un climat de violences. Sonko, pour sa part, a toujours rejeté ces accusations, affirmant être victime d’un harcèlement politico-judiciaire destiné à l’écarter de la présidentielle de 2024.

Il serait intellectuellement malhonnête de nier que certains discours du leader de PASTEF employaient un ton particulièrement offensif. Au fil des rassemblements, des conférences de presse et des interventions diffusées en direct sur les réseaux sociaux, les Sénégalais ont entendu des appels à la mobilisation, à la résistance et à la désobéissance face à ce que Sonko présentait comme une dérive autoritaire du pouvoir. Ses partisans y voyaient un exercice légitime de la contestation politique, tandis que ses adversaires considéraient que ces prises de parole contribuaient à radicaliser une partie de la jeunesse.

Le résultat est connu de tous.

Le Sénégal, longtemps cité comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, s’est retrouvé plongé dans une crise politique sans précédent depuis plusieurs décennies. Des dizaines de personnes ont perdu la vie entre 2021 et 2024 lors des manifestations et des affrontements. Les organisations internationales de défense des droits humains ont dénoncé un usage excessif de la force par les services de sécurité, tandis que les autorités accusaient certains manifestants d’avoir commis des actes de violence et de vandalisme.

Il est important de rappeler que la responsabilité d’une crise nationale ne peut être attribuée à un seul homme. Les tensions de cette période sont le résultat d’une accumulation de facteurs : la gestion du dossier judiciaire de l’opposant, les interrogations sur un éventuel troisième mandat du président Macky Sall, les restrictions des libertés publiques dénoncées par plusieurs organisations, mais aussi la radicalisation progressive du discours politique dans les deux camps.

Aujourd’hui, l’ironie de l’histoire est saisissante.

Celui qui dénonçait hier l’État est désormais l’une des principales figures de ses institutions. Après l’alternance de 2024, Ousmane Sonko est devenu Premier ministre avant d’accéder, en 2026, à la présidence de l’Assemblée nationale. Les responsabilités qui accompagnent l’exercice du pouvoir imposent désormais un langage différent, une plus grande retenue et un engagement constant en faveur de la stabilité des institutions.

Cette évolution soulève une question essentielle pour toutes les démocraties : un dirigeant politique peut-il mobiliser les foules avec des mots de combat lorsqu’il est dans l’opposition, puis appeler au calme une fois arrivé au pouvoir ?

L’histoire jugera.

Une certitude demeure néanmoins : les blessures des années 2021 à 2024 restent profondément gravées dans la mémoire collective des Sénégalais. Les familles endeuillées, les entreprises détruites, les jeunes emprisonnés, les policiers blessés et les citoyens traumatisés attendent encore que toute la lumière soit faite sur cette période.

Une démocratie forte ne se construit ni par la violence, ni par la répression, ni par la haine. Elle se construit par le dialogue, le respect des institutions, la justice indépendante et la responsabilité de tous ceux qui prennent la parole devant le peuple.

C’est sans doute la plus grande leçon que le Sénégal doit retenir de ces années de confrontation.

Par Ndiawar Diop

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