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Baaba Maal et le PBS : Un monument de la musique sénégalaise reconnaît ceux qui ont marqué l’histoire du Hip Hop. Par Ndiawar Diop

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Baaba Maal et le PBS : Un monument de la musique sénégalaise reconnaît ceux qui ont marqué l’histoire du Hip Hop

Il y a des hommages qui font plaisir. Et puis il y a ceux qui ont une portée beaucoup plus profonde : ils racontent une époque, reconnaissent un parcours et transmettent une mémoire aux générations futures.

Le témoignage de Baaba Maal à l’occasion des 37 ans du Positive Black Soul (PBS) appartient à cette deuxième catégorie.

Sur scène, face à PBS, Baaba Maal n’est pas simplement venu saluer deux artistes. Son intervention prend la dimension d’un témoignage d’une génération à une autre. Un artiste qui a lui-même traversé plusieurs décennies de la musique sénégalaise vient reconnaître la place occupée par un groupe qui, à son tour, a profondément transformé le paysage musical du Sénégal et de l’Afrique.

Et c’est précisément ce qui rend ses paroles si importantes.

Une reconnaissance qui dépasse l’amitié

Dans son témoignage, Baaba Maal rappelle implicitement une vérité essentielle : le PBS n’est pas arrivé par hasard.

Le groupe s’est construit dans une époque où il fallait trouver sa propre voix, affirmer son identité et faire entendre une nouvelle génération. Didier Awadi et Doug E. Tee ont choisi le rap, mais surtout ils ont choisi de donner à cette musique une conscience, un langage et une identité profondément sénégalais.

Leur force n’a jamais été uniquement dans le rythme.

Elle était aussi dans le message.

À travers leurs textes, leurs prises de position et leur manière de regarder la société, ils ont donné à toute une jeunesse le sentiment que le hip-hop pouvait être autre chose qu’une simple musique de divertissement.

Il pouvait être une école.

Une école de réflexion, de conscience, de culture et de responsabilité.

Lorsque Baaba Maal rend hommage au PBS, il reconnaît donc bien davantage qu’une carrière musicale. Il reconnaît une contribution à l’histoire culturelle du Sénégal.

Le témoignage d’un grand artiste prend une valeur particulière

Baaba Maal n’est pas un observateur extérieur de cette histoire.

Il appartient lui-même à ces artistes qui ont contribué à faire connaître le Sénégal au-delà de ses frontières. Son parcours lui donne une légitimité particulière pour mesurer le chemin parcouru par le PBS.

C’est pourquoi son hommage mérite d’être regardé avec attention.

Dans le monde artistique, il est parfois plus facile de parler de soi que de reconnaître le mérite des autres. Certains artistes vieillissent en voulant rester seuls au centre de la lumière. D’autres comprennent que la grandeur consiste aussi à savoir célébrer ceux qui viennent après soi.

Baaba Maal appartient à cette deuxième catégorie.

Son geste est exemplaire.

Il montre qu’une génération peut reconnaître une autre génération sans se sentir diminuée.

Au contraire, honorer ceux qui viennent après soi, c’est aussi honorer le chemin que l’on a soi-même contribué à ouvrir.

Le PBS, une passerelle entre les générations

Il faut également comprendre la symbolique de cette célébration des 37 ans.

Trente-sept années, dans une carrière musicale, ce n’est pas simplement un chiffre. C’est une longue traversée.

Des modes ont disparu.

Des artistes sont apparus puis ont quitté la scène.

Des technologies ont bouleversé l’industrie musicale.

Les cassettes ont laissé la place aux CD, puis au téléchargement, au streaming et aux réseaux sociaux.

Mais le PBS est toujours là.

C’est peut-être cela que le témoignage de Baaba Maal vient rappeler avec le plus de force : la véritable longévité ne se mesure pas seulement au nombre d’années passées sur scène. Elle se mesure à la capacité de rester pertinent.

Et le PBS a réussi cette épreuve.

Mieux encore, il a réussi à parler à plusieurs générations.

Ceux qui ont découvert Boul Faalé dans les années 1990 peuvent aujourd’hui écouter le PBS avec leurs enfants. Certains de ceux qui étaient jeunes à l’époque sont désormais parents, voire grands-parents.

C’est cela, une œuvre qui dépasse son époque.

Une leçon d’humilité pour le monde artistique

Le comportement de Baaba Maal devrait également inspirer le milieu culturel sénégalais.

Notre patrimoine artistique est immense, mais nous avons parfois la fâcheuse habitude de célébrer nos artistes trop tard.

Nous attendons souvent les hommages posthumes pour reconnaître les mérites de ceux qui ont consacré leur vie à la culture.

Pourquoi attendre ?

Pourquoi ne pas dire à un artiste vivant : « Merci » ?

Pourquoi ne pas lui dire : « Tu as compté » ?

Pourquoi ne pas raconter aux jeunes générations ce que leurs aînés ont accompli ?

C’est précisément pour cette raison que le témoignage de Baaba Maal est précieux.

Il ne célèbre pas seulement le passé.

Il transmet une mémoire.

Et cette mémoire est indispensable.

Une jeunesse qui ignore ceux qui ont construit son patrimoine culturel risque de croire que tout a commencé avec elle.

Or, aucune génération ne commence véritablement à zéro.

Le PBS a eu ses prédécesseurs.

Le PBS est devenu un modèle pour d’autres.

Et ceux qui viennent aujourd’hui auront à leur tour la responsabilité de transmettre quelque chose à ceux qui viendront demain.

Au-delà de PBS, c’est le Sénégal qu’il faut célébrer

Il serait donc réducteur de considérer cet hommage uniquement comme une belle séquence entre artistes.

Ce qui s’est passé sur cette scène raconte quelque chose de beaucoup plus grand.

C’est le Sénégal culturel qui se reconnaît lui-même.

C’est une génération qui regarde une autre génération et lui dit : « Vous avez votre place dans notre histoire. »

Et cette reconnaissance a une valeur immense dans un pays où la musique est bien plus qu’un divertissement.

Elle est mémoire.

Elle est identité.

Elle est parfois conscience sociale.

Elle est également un extraordinaire outil de diplomatie culturelle.

De Baaba Maal au PBS, de Youssou N’Dour à Ismaël Lô, de Touré Kunda à toute cette nouvelle génération d’artistes, le Sénégal possède une richesse culturelle qui mérite d’être davantage documentée, protégée et transmise.

Une belle leçon à retenir

Ce que je retiens personnellement du témoignage de Baaba Maal, ce n’est pas seulement la beauté de ses paroles.

C’est la noblesse du geste.

Un grand artiste qui reconnaît un autre grand parcours.

Un aîné qui honore ses cadets.

Une génération qui transmet le flambeau.

Et surtout, un rappel : la grandeur d’un artiste ne réside pas uniquement dans ce qu’il produit, mais aussi dans sa capacité à reconnaître la grandeur des autres.

Le PBS fête ses 37 ans.

Mais au-delà de la fête, des lumières, de la musique et de la nostalgie, il y a une histoire à raconter.

Une histoire de persévérance.

Une histoire de conviction.

Une histoire de musique et de messages.

Une histoire de deux jeunes Sénégalais qui ont contribué à donner au rap sénégalais une identité qui a largement dépassé les frontières nationales.

Et lorsque Baaba Maal prend la parole pour leur rendre hommage, son témoignage devient à son tour une pièce de cette histoire.

C’est peut-être cela le plus beau cadeau qu’un artiste puisse offrir à un autre artiste :

non pas seulement des applaudissements, mais la reconnaissance de sa place dans l’histoire.

PBS for life. ❤️💚💛

Par Ndiawar Diop

Chronique — NdiawarDiop.com

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