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POSITIVE BLACK SOUL : 37 ANS APRÈS, LE PBS N’A PAS CÉLÉBRÉ UN ANNIVERSAIRE, IL A CÉLÉBRÉ UNE HISTOIRE. Par Ndiawar Diop

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POSITIVE BLACK SOUL : 37 ANS APRÈS, LE PBS N’A PAS CÉLÉBRÉ UN ANNIVERSAIRE, IL A CÉLÉBRÉ UNE HISTOIRE

Par Ndiawar Diop

Il y a des anniversaires que l’on fête avec des bougies. Il y en a d’autres que l’on célèbre avec des souvenirs. Et puis il y a ceux qui deviennent des pages d’histoire.

Le samedi 8 août 2026, au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, le Positive Black Soul a choisi la troisième voie.

Pour ses 37 ans, le mythique duo formé par Didier Awadi et Amadou Barry, alias Duggy Tee, n’a pas simplement donné un concert. Il a convoqué une époque, réveillé une mémoire, réuni plusieurs générations et rappelé à un pays qu’une œuvre musicale peut survivre à ses créateurs, aux modes, aux technologies et même aux divisions du temps.

Pendant près de quatre heures, le Grand Théâtre a vécu au rythme du PBS. Quatre heures durant lesquelles les spectateurs ont voyagé entre les années 1980, les années 1990, les grandes heures du hip-hop sénégalais et le Sénégal d’aujourd’hui. Les quartiers de la SICAP, Liberté 1 à 6, Dieuppeul-Derklé, Castors et toute cette jeunesse qui avait découvert le rap comme un nouvel espace d’expression semblaient revivre sur scène.

Ce fut une véritable machine à remonter le temps.

De « Teud Nelaw » à « Del Daw Thiow », de « Ataya » à « Faut pas Forcer », de « Wadiour » à « Boul Falé », sans oublier « Deglou », « Taara », « Africa » et « Capsi », le répertoire du Positive Black Soul a été revisité avec une énergie qui démontrait que les classiques ne vieillissent pas lorsqu’ils appartiennent véritablement à la mémoire collective.

Le plus impressionnant était peut-être ailleurs : le public connaissait encore les paroles.

Il les chantait avec Awadi et Duggy Tee.

Cette communion disait beaucoup plus que les applaudissements. Elle prouvait que le PBS n’a pas seulement produit des chansons. Il a produit des souvenirs, des réflexes, des prises de conscience et une identité musicale.

Une scène devenue un livre ouvert

La soirée avait également une dimension intergénérationnelle exceptionnelle.

Sur la même scène se sont retrouvés des figures de différentes époques du hip-hop sénégalais et de la musique populaire : Bakhaw, Simon, Matador, Carlou-D, King Baba Ndiaye, Viviane Ndour et VJ, venus apporter chacun leur couleur à cette grande célébration.

Ce choix artistique était particulièrement symbolique.

Le PBS n’a jamais été une aventure isolée. Son histoire est intimement liée à celle du mouvement hip-hop sénégalais. Le groupe est né en 1989, à une époque où le rap cherchait encore sa place dans le paysage musical national. Awadi et Duggy Tee ont progressivement contribué à démontrer que le hip-hop pouvait être à la fois moderne, africain, conscient, populaire et profondément enraciné dans les réalités sénégalaises.

Le concert du 8 août a donc ressemblé à une grande photo de famille.

Les anciens étaient là. Les générations intermédiaires étaient là. La nouvelle génération était là.

Et au milieu de tout cela, deux hommes : Awadi et Duggy Tee.

Deux voix différentes, deux tempéraments, deux trajectoires parfois séparées, mais une même histoire.

De Boul Falé à New York-Paris-Dakar : une révolution culturelle

Pour comprendre l’émotion de cette soirée, il faut mesurer le chemin parcouru.

Lorsque le Positive Black Soul apparaît, le rap sénégalais n’a pas encore la place qu’il occupe aujourd’hui. Le groupe va contribuer à transformer cette situation.

En 1992, PBS participe au festival Dakar 92 et attire l’attention de MC Solaar, qui lui ouvre ensuite les portes de ses concerts en France. En 1994, « Boul Falé » devient l’un des titres emblématiques d’une nouvelle génération. La même période voit PBS collaborer avec Baaba Maal sur « Swing Yéla », dans le cadre de l’album Firin’ in Fouta. Cette collaboration constitue l’un des ponts historiques entre la musique traditionnelle sénégalaise et la nouvelle culture hip-hop.

Puis viendront Salaam, Daw Thiow, New York-Paris-Dakar, Revolution, Run Cool et toutes ces expériences qui feront du PBS l’un des groupes africains les plus visibles sur les scènes internationales.

New York-Paris-Dakar occupe une place particulière dans cette trajectoire. Awadi et Duggy Tee l’ont eux-mêmes présenté comme l’un des albums les plus marquants de leur carrière, celui qui leur a permis d’élargir considérablement leur audience internationale grâce à des collaborations avec de grandes figures du hip-hop.

Leur musique avait une particularité fondamentale : elle ne cherchait pas à devenir américaine pour être internationale.

Au contraire.

Elle voulait être africaine pour être universelle.

Sabar, tama, kora, balafon, djembé, rythmes sénégalais et rap se retrouvaient dans une même architecture musicale. Le Wolof, le français et l’anglais devenaient des outils complémentaires pour porter un message panafricain.

C’est probablement l’une des grandes leçons du PBS : on peut partir de la SICAP et parler au monde sans abandonner son identité.

Les grands maîtres sont venus saluer leurs héritiers

La soirée du Grand Théâtre n’a pas uniquement célébré le hip-hop.

Elle a également réuni des monuments de la musique sénégalaise.

Ismaël Lô, Baaba Maal et Waly Seck ont chacun apporté leur présence et leur prestige à cette grande fête.

La présence de Baaba Maal avait une résonance particulière.

Entre le chanteur de Daande Lenol et le Positive Black Soul, l’histoire ne date pas d’hier. Baaba Maal a fait partie de ceux qui ont contribué à ouvrir des portes au jeune groupe. Sa collaboration avec PBS sur Firin’ in Fouta est aujourd’hui considérée comme un moment important dans l’histoire de l’émergence internationale du hip-hop sénégalais.

Et c’est justement ce qui donne une profondeur particulière à ses témoignages et à ses gestes de reconnaissance envers le PBS.

Lorsqu’un artiste de la stature de Baaba Maal parle de PBS, il ne parle pas simplement de deux rappeurs.

Il parle d’une génération qu’il a vue naître.

Il parle de jeunes artistes qui avaient une ambition, une identité et une vision.

Il parle aussi de la transmission.

Son regard sur Awadi et Duggy Tee rappelle une vérité essentielle dans les métiers de la culture : les grandes carrières ne sont jamais construites par une seule génération. Elles se construisent lorsque les anciens acceptent d’ouvrir une porte aux plus jeunes et lorsque les plus jeunes savent honorer ceux qui leur ont précédé.

Baaba Maal avait déjà résumé cette relation avec une formule particulièrement forte lors de l’émission Sargal d’Awadi : il avait présenté le PBS comme un groupe dont l’émergence avait été liée à cette ouverture vers d’autres univers musicaux.

Trente-sept ans plus tard, cette histoire revenait sur scène sous les applaudissements du public.

Quand le directeur du Grand Théâtre reprend le micro

Parmi les moments les plus symboliques de la soirée figure également l’intervention de Serigne Fall Guèye, directeur du Grand Théâtre national et lui-même ancien acteur du mouvement rap.

Pour cette soirée particulière, il a momentanément quitté son costume de responsable culturel pour retrouver celui du rappeur.

Micro en main, il a livré un a cappella qui a électrisé la salle.

Cette séquence avait quelque chose de profondément poétique.

Le lieu qui accueille aujourd’hui les grandes productions nationales devenait, l’espace d’un instant, une cour de quartier. Le responsable culturel redevenait le jeune homme du hip-hop.

C’était le PBS dans toute sa philosophie : la musique comme mémoire, comme famille et comme transmission.

Au-delà du spectacle, un message

Ce 37e anniversaire intervenait quelques semaines seulement après une reconnaissance historique : Didier Awadi et Duggy Tee ont été élevés au rang d’Officiers de l’Ordre national du Lion.

Cette distinction nationale a donné à l’anniversaire une dimension supplémentaire.

Elle venait consacrer officiellement ce que le public reconnaissait depuis longtemps : la contribution exceptionnelle du duo à la culture sénégalaise et au rayonnement du hip-hop africain.

Mais les deux artistes n’ont pas voulu transformer cette reconnaissance en triomphe personnel.

Lors de la conférence de presse annonçant le concert, Awadi avait insisté sur une idée essentielle : le PBS ne leur appartient pas. Il représente davantage qu’un groupe ; il incarne une philosophie, une manière d’être et une mission qui dépasse la musique.

Cette phrase mérite d’être retenue.

Parce qu’elle explique probablement la longévité du groupe.

Le PBS n’a jamais seulement cherché à faire danser.

Il a voulu faire réfléchir.

Il a parlé de l’Afrique, de l’identité, de la dignité, de la politique, de la jeunesse, de la solidarité, de l’histoire et du panafricanisme.

Et dans une époque où les réseaux sociaux peuvent parfois transformer les différences en conflits, Awadi et Duggy Tee ont encore rappelé leur opposition à la xénophobie et aux discours de division. Ils ont défendu une vision d’une Afrique où les frontières ne doivent pas empêcher les peuples de se considérer comme appartenant à une même communauté.

Un anniversaire qui regarde déjà vers demain

Le plus remarquable dans cette célébration est peut-être que le PBS n’a pas donné l’impression de vouloir regarder uniquement dans le rétroviseur.

Au contraire.

Awadi et Duggy Tee ont parlé de la nouvelle génération avec beaucoup de respect. Ils ont refusé de se placer en concurrence avec les jeunes artistes et les ont encouragés à utiliser les nouveaux outils technologiques pour construire des carrières solides.

Duggy Tee a insisté sur l’authenticité, l’ambition et l’ouverture vers la sous-région et le monde.

Le message est limpide : la relève ne doit pas être une copie des anciens. Elle doit trouver sa propre voix.

C’est probablement là que se trouve le véritable héritage du Positive Black Soul.

Pas dans la reproduction de Boul Falé.

Pas dans l’imitation d’Awadi ou de Duggy Tee.

Mais dans la capacité d’une nouvelle génération à faire demain ce que PBS avait fait hier : prendre son époque à bras-le-corps, raconter ses réalités et porter son identité au-delà des frontières.

37 ans, mais une histoire loin d’être terminée

Au terme de cette longue nuit musicale, une évidence s’impose.

Le Positive Black Soul n’a pas simplement fêté ses 37 ans.

Il a célébré 37 ans de résistance artistique, de création, de transmission et de fidélité à une vision.

Des premiers pas dans les quartiers de Dakar aux grandes scènes internationales. Des cassettes aux plateformes numériques. Des premiers beats aux grandes productions. De la jeunesse rebelle à la reconnaissance par l’Ordre national du Lion.

Le chemin est immense.

Et pourtant, lorsque Awadi et Duggy Tee sont remontés sur scène, le temps semblait s’être arrêté.

Les voix avaient mûri.

Les corps avaient changé.

La technologie avait bouleversé l’industrie musicale.

Mais l’âme du PBS était toujours là.

C’est peut-être cela, finalement, la vraie victoire d’un artiste : ne pas seulement survivre au temps, mais continuer à avoir quelque chose à lui dire.

Le 8 août 2026, au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, le Positive Black Soul a parlé au passé, au présent et surtout à l’avenir.

Le passé, en revisitant ses classiques.

Le présent, en réunissant plusieurs générations.

L’avenir, en transmettant un message aux jeunes artistes.

Et lorsque le public a repris en chœur les paroles de ces chansons qui ont accompagné tant de vies, le verdict était sans appel.

Le PBS appartient désormais à la mémoire musicale du Sénégal.

Mais il appartient aussi à cette Afrique qui a compris, grâce à des artistes comme Awadi et Duggy Tee, qu’il était possible de prendre le hip-hop venu d’ailleurs, de le transformer avec ses propres langues, ses propres rythmes, ses propres combats et de le renvoyer au monde avec une identité africaine pleinement assumée.

Trente-sept ans après 1989, le Positive Black Soul reste donc debout.

Et si l’on en croit l’énergie du Grand Théâtre, le rendez-vous des 50 ans n’est peut-être déjà plus une simple plaisanterie.

À vos 50 ans, les Grands !

Ndiawar Diop

Une Chronique Culturelle NdiawarDiop.com

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