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Dakar en déroute : la police est-elle à la hauteur face à l’insécurité ? Par Ndiawar Diop

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Dakar en déroute : la police est-elle à la hauteur face à l’insécurité ? Par Ndiawar Diop

Dakar en déroute : la police est-elle à la hauteur face à l’insécurité ?

Par Ndiawar Diop

Le rôle de la police dans la société: Va t-on vers une dégradation des relations ? Par Ndiawar Diop

À quoi sert la police si le citoyen continue de regarder derrière lui lorsqu’il rentre chez lui ?

La question peut paraître provocatrice. Elle est pourtant légitime lorsque des habitants de Dakar et de sa banlieue disent vivre avec la peur des agressions, des cambriolages, des violences et parfois des actes criminels particulièrement graves.

Yarakh, Pikine, Guédiawaye, Hann-Maristes et d’autres quartiers de la capitale sont régulièrement cités dans les conversations populaires lorsqu’il est question d’insécurité. Mais le problème ne concerne pas uniquement Dakar. Les mêmes préoccupations existent dans plusieurs villes et zones urbaines du pays.

Il faut cependant éviter un raccourci : dire que la police ne fait rien serait injuste envers les milliers de policiers qui travaillent quotidiennement pour assurer la sécurité des citoyens. Le bilan officiel de la Police nationale pour 2025 fait état de 36 515 infractions constatées et de 20 308 personnes déférées devant les parquets. Ces chiffres montrent une activité policière importante.

Mais une autre question demeure : ces efforts sont-ils suffisamment visibles et efficaces pour rassurer la population ?

Car la sécurité ne se mesure pas uniquement au nombre d’arrestations.

Elle se mesure aussi au sentiment d’un citoyen qui peut rentrer chez lui le soir sans avoir peur, à la capacité d’une victime à obtenir rapidement de l’aide, à la rapidité d’une intervention, à la qualité d’une enquête et à la présence préventive des forces de sécurité dans les quartiers sensibles.

C’est là que le débat devient beaucoup plus sérieux.

Le ministère de l’Intérieur reconnaît lui-même plusieurs défis : déficit d’effectifs, nécessité d’améliorer les équipements, adaptation de la formation aux nouvelles formes de criminalité et renforcement de la police de proximité. Le gouvernement prévoit notamment de renforcer le maillage territorial, les moyens de mobilité et les outils informatiques de la Police nationale.

Autrement dit, l’État sait que le dispositif doit encore évoluer.

La criminalité d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Elle est devenue plus mobile, plus organisée et parfois plus difficile à détecter. Aux agressions et cambriolages traditionnels s’ajoutent le trafic de drogue, la cybercriminalité, la criminalité organisée, les réseaux transfrontaliers et différentes formes d’escroquerie.

La police doit donc évoluer au même rythme que les criminels.

Mais il ne suffit pas d’acheter des véhicules ou d’installer des caméras. Il faut également investir dans les hommes : formation continue, renseignement, techniques d’enquête, police scientifique, technologies numériques, communication d’urgence et présence intelligente sur le terrain.

La police de proximité doit également retrouver toute sa place.

Un policier qui connaît son quartier, ses habitants, ses commerçants, ses responsables communautaires et les zones régulièrement exposées aux actes de délinquance dispose d’une connaissance du terrain qu’aucune technologie ne peut totalement remplacer.

Le ministère de l’Intérieur affirme d’ailleurs vouloir renforcer cette approche ainsi que la collaboration entre les forces de sécurité et les communautés.

Il faut aussi parler de confiance.

Lorsqu’un citoyen pense qu’une plainte ne servira à rien, il finit par ne plus porter plainte. Lorsqu’une victime estime que son dossier ne sera pas traité sérieusement, elle peut choisir le silence. Et lorsque les citoyens cessent de communiquer avec les forces de sécurité, les policiers perdent une source essentielle d’information.

La sécurité est donc une responsabilité partagée.

Mais attention : demander aux citoyens de participer à la sécurité ne signifie pas leur demander de faire justice eux-mêmes. La violence populaire, les lynchages et les règlements de comptes ne peuvent jamais remplacer la justice.

L’État doit rester le seul garant légitime de l’ordre public.

Il doit également veiller à ce que les forces de sécurité disposent des moyens nécessaires tout en étant soumises à des règles claires, à une formation solide et à des mécanismes de contrôle efficaces. La confiance ne repose pas seulement sur l’autorité ; elle repose aussi sur la responsabilité.

Il faut enfin comprendre que la lutte contre l’insécurité ne commence pas uniquement au commissariat.

Elle commence à l’école.

Elle passe par l’emploi des jeunes, l’éclairage public, l’urbanisme, l’aménagement des quartiers, la lutte contre la drogue, l’accompagnement des familles vulnérables et la prévention de la violence.

Un jeune sans perspective n’est pas automatiquement un criminel, mais une société qui abandonne une partie de sa jeunesse crée des fragilités qu’elle devra tôt ou tard affronter.

Dakar a besoin d’une politique de sécurité qui combine prévention, présence policière, renseignement, justice efficace, technologie et participation citoyenne.

Il faut également donner aux victimes une meilleure prise en charge, notamment lorsque les violences entraînent des traumatismes durables. La sécurité ne consiste pas seulement à arrêter l’auteur présumé d’une infraction ; elle consiste aussi à protéger et accompagner ceux qui en ont été victimes.

Alors, à quoi sert la police ?

Elle sert à protéger.

À prévenir.

À enquêter.

À intervenir.

À maintenir l’ordre.

Mais surtout, elle doit permettre au citoyen de vivre sans peur.

Et si la question « à quoi sert la police ? » revient avec autant d’insistance dans la rue, ce n’est peut-être pas uniquement parce que les policiers seraient absents. C’est peut-être aussi parce que le citoyen veut voir davantage de résultats, davantage de proximité et davantage de sécurité dans sa vie quotidienne.

Les chiffres officiels montrent que la Police nationale agit. Les inquiétudes exprimées dans les quartiers montrent, elles, qu’il reste encore beaucoup à faire.

C’est précisément entre ces deux réalités que doit se construire le débat national.

« Li mom État bi war na ci wax ! »

L’État doit nous répondre.

Pas seulement par des communiqués.

Mais par des résultats visibles dans nos rues.

Par Ndiawar Diop

 

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