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Rapadio renaît : 25 ans après, le mythe du hip-hop Galsen passe le flambeau. Par Ndiawar Diop

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Rapadio renaît 25 ans après, le mythe du hip-hop Galsen passe le flambeau

Rapadio renaît : 25 ans après, le mythe du hip-hop Galsen passe le flambeau.
– Par Ndiawar Diop

Près d’un quart de siècle après les dernières grandes productions du groupe qui a marqué au fer rouge l’histoire du hip-hop sénégalais, son nom a retrouvé le devant de la scène avec une nouvelle génération décidée à reprendre le flambeau. Rapadio appartient à la catégorie  des groupes qui disparaissent de la scène sans jamais disparaître de la mémoire populaire.

En février 2025, le projet Rapadio 2.0 a officiellement donné corps à cette renaissance avec la sortie de l’album Ci Laytay Bassi Bammel, littéralement « de la couche à la tombe », suivi d’un grand rendez-vous au Théâtre national Daniel Sorano de Dakar. Derrière cette initiative, quatre rappeurs : Gun Mor, Julio l’Absolu, Ada Knibal et Meuz Goren, qui revendiquent l’héritage du groupe tout en cherchant à lui donner une nouvelle existence artistique.

Ce retour ne se résume donc pas à une réunion des anciens membres. Il s’agit plutôt d’une transmission. L’objectif affiché par cette nouvelle formation est de maintenir vivant un patrimoine musical dont l’influence dépasse largement les seuls amateurs de rap des années 1990.

Rapadio est né dans le bouillonnement culturel dakarois du début des années 1990. Le groupe, d’abord connu sous le nom de Ñuul Te Rapadio, s’est construit autour notamment de Deug Iba et de Keyti, avant que plusieurs artistes ne viennent enrichir son parcours. Daddy Bibson, issu de Pee Froiss, apportera notamment une nouvelle dimension au collectif. Le groupe s’impose progressivement par son écriture, son ton direct et son approche particulièrement radicale du rap.

L’histoire de Rapadio est intimement liée à celle du hip-hop sénégalais. À une époque où le mouvement s’organisait encore autour des compilations, des cassettes et des scènes underground, le collectif fait partie de ces formations qui contribuent à donner au rap une identité fortement ancrée dans les réalités sociales du pays. Une étude universitaire consacrée au langage du rap sénégalais soulignait déjà, à la fin des années 1990, la virulence de ses textes, sa critique sociale et politique ainsi que son appartenance revendiquée au courant underground.

Le véritable décollage intervient avec Ku Weet Xam Sa Bopp, sorti en 1998. L’album devient rapidement une référence. Les textes, les productions rugueuses et l’écriture en wolof donnent au groupe une identité singulière. Des morceaux comme Xibaaru Underground contribuent à installer Rapadio dans le paysage musical sénégalais. Selon les récits consacrés à cette période, les cassettes connaissent alors un succès commercial considérable et les prestations du groupe attirent un public de plus en plus large.

Trois ans plus tard, Rapadio confirme cette empreinte avec Soldaaru Mbedd, littéralement « les soldats de la rue ». Le projet poursuit la ligne du groupe : observation de la société, critique des injustices, interrogation sur les réalités de la jeunesse et défense d’une parole indépendante. Cette période constitue l’un des moments forts de ce que beaucoup considèrent comme l’âge d’or du hip-hop sénégalais.

Mais Rapadio connaît ensuite les mêmes difficultés que beaucoup de groupes de cette génération : départs, recompositions, contraintes économiques et évolution des trajectoires individuelles. Le collectif finit par disparaître de la scène, laissant derrière lui une discographie courte mais une influence durable. Des travaux consacrés à l’histoire du mouvement hip-hop au Sénégal continuent d’ailleurs de citer Rapadio parmi les formations ayant contribué à installer une culture rap fondée sur l’engagement, l’écriture et la contestation.

C’est précisément cet héritage que les quatre membres de Rapadio 2.0 ont voulu reprendre. Avec Ci Laytay Bassi Bammel, ils ne cherchent pas simplement à reproduire les sonorités d’une époque révolue. Le projet revendique les codes du rap des années 1990 tout en les adaptant aux techniques de production et aux sensibilités actuelles. Le disque compte 14 titres et s’appuie notamment sur l’univers musical des deux albums historiques de Rapadio.

Le choix du titre n’est d’ailleurs pas anodin. « De la couche à la tombe » évoque la continuité, la transmission et la permanence d’un héritage. L’idée défendue par le projet est que Rapadio ne doit pas être considéré comme une simple relique des années 1990, mais comme une identité artistique susceptible de traverser les générations.

Le concert donné au Théâtre national Daniel Sorano le 7 février 2025 a constitué l’un des moments forts de cette renaissance. Le lieu choisi avait évidemment une portée symbolique : faire entrer l’héritage du rap underground dans l’un des espaces culturels les plus emblématiques du pays. La presse sénégalaise a présenté cette initiative comme une volonté de faire vivre la mémoire de Rapadio à travers une nouvelle génération d’artistes.

Et cette nouvelle génération n’est pas choisie au hasard. Gun Mor, Julio l’Absolu, Ada Knibal et Meuz Goren appartiennent à une scène sénégalaise qui a grandi avec les références laissées par les pionniers. Pour eux, reprendre Rapadio signifie donc porter une responsabilité artistique : respecter l’esprit originel sans transformer le groupe en simple objet de nostalgie.

Gun Mor illustre particulièrement cette volonté de continuité. Déjà connu pour son parcours solo et son engagement dans le rap contemporain, il s’est notamment distingué par ses textes consacrés à la mémoire, à l’histoire et aux questions sociales. Sa participation à Rapadio 2.0 inscrit ainsi son parcours dans une filiation revendiquée avec une école du rap sénégalais où la plume et le contenu occupaient une place centrale.

Le pari reste néanmoins délicat. Ressusciter un nom aussi fortement associé à une génération et à une esthétique précises signifie accepter la comparaison avec les œuvres originales. Les anciens auditeurs peuvent rechercher les sensations du Rapadio des années 1990, tandis que les plus jeunes attendent nécessairement une proposition correspondant à leur époque.

C’est justement là que réside l’intérêt du projet. Ci Laytay Bassi Bammel ne prétend pas effacer l’histoire de Rapadio. Il cherche à la prolonger. Les morceaux issus de l’univers des anciens albums sont revisités dans une production actualisée, permettant à un public qui n’a pas connu les premières années du groupe de découvrir cette empreinte musicale.

Rapadio aura finalement connu une trajectoire particulière : une naissance dans les quartiers populaires, une ascension fulgurante, deux albums devenus des références, une disparition, puis une renaissance sous une autre forme. Plus qu’un simple retour musical, Rapadio 2.0 pose ainsi une question essentielle au hip-hop sénégalais : comment transmettre un patrimoine culturel sans le figer dans la nostalgie ?

Vingt-cinq ans après, la réponse apportée par Gun Mor, Julio l’Absolu, Ada Knibal et Meuz Goren tient en une idée simple : reprendre le flambeau, mais écrire leur propre chapitre.

Rapadio n’est donc plus seulement un souvenir des années 1990. Avec cette nouvelle génération, son nom est redevenu une matière vivante, susceptible de dialoguer avec le Sénégal d’aujourd’hui. Le mythe, lui, change de voix sans nécessairement perdre son ADN.

Ndiawar Diop
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