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Sonko, ou l’art national d’avoir toujours raison ! – Par Ndiawar Diop 

Sonko, ou l’art national d’avoir toujours raison !

– Par Ndiawar Diop

Le Guide Infaillible qui gouverne sans bilan et triomphe sans répondre de ses actes?

Il faut le reconnaître à Ousmane Sonko : il est sans doute le seul homme politique de notre histoire capable de transformer la détresse sociale en standing ovation.

Le pays souffre ? Il parle. Les jeunes désespèrent ? Il promet. Les prix flambent ? Il explique. Et aussitôt, la magie opère. Les applaudissements couvrent les soupirs.

Depuis avril 2024, le PASTEF est au pouvoir. La rupture était jurée. Résultat : la souffrance sociale a pris un cran supplémentaire, mais la ferveur, elle, reste intacte. Il fallait le faire.

Notre Premier ministre a un talent rare : dire exactement ce que ses partisans veulent entendre, même lorsque la réalité dit l’inverse. Il réussit à faire espérer les plus pessimistes dans un pays où l’inflation étrangle, où le chômage ronge, où les promesses s’empilent sans calendrier précis. Pourtant, pour ses fidèles, tout est cohérent. Tout est stratégique. Tout est maîtrisé.

Même la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar n’a pas fissuré l’aura.

Devant les députés, il assume : c’est lui qui a donné l’ordre d’envoyer la police sur le campus. Et il en rajoute : « Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas. » Quelle prouesse ! Assumer, haut et fort, dans un pays où l’on sait que l’onde de choc s’arrête souvent aux murs de l’hémicycle. Il fallait oser. Il a osé. Et rien ne vacille.

Du temps de l’opposition, il disait tout ce que les autres n’osaient pas dire. Aujourd’hui au pouvoir, il continue avec la même assurance, mais depuis le sommet de l’État.

Les anciens compagnons ? Des “résidus”. Les journalistes qui interrogent ? Rappelés à l’ordre, parfois convoqués à la DIC. Les chroniqueurs trop sceptiques ? Invités à plus de prudence, quand ils ne découvrent pas la rigueur judiciaire. La presse, hier alliée stratégique contre le régime de Macky Sall, est désormais sommée d’apprendre la discipline républicaine.

Et quelle épopée judiciaire ce fut. Dans une République si prompte à traquer les convocations ignorées, il avait réussi l’exploit d’être partout et nulle part à la fois. Là où d’autres étaient escortés avec fracas pour répondre à la justice, lui semblait évoluer dans une autre dimension en Casamance, entouré des siens. Un détour, une non-comparution, un jugement en contumace, et la légende continuait. Impressionnant Non?

Ses manifestations organisées ont laissé des dizaines de morts. Quatre-vingts, selon plusieurs décomptes. Mais dans le récit dominant, la responsabilité reste exclusivement collée à l’ancien régime de Macky Sall. Lui n’aurait fait que “réveiller les consciences”. Mobilisateur, jamais responsable de rien. Stratège, jamais instigateur. Thiey lii.

Aujourd’hui, les étudiants qui ont donné leur énergie au “Projet” découvrent les débats sur la suppression des bourses. On évoque même un commissariat dans l’enceinte universitaire. Ironie délicieuse : ce qui aurait déclenché des tempêtes verbales hier devient aujourd’hui une mesure d’ordre public. C’est bien fait pour eux, me dira l’autre.

Aujourd’hui les chômeurs de la génération “Yakaar Bou Tass” pleurnichent sur les réseaux sociaux sous les ‘vibes’ de Ngaaka Blindé. On leur expliquera qu’ils n’ont pas encore compris la profondeur de la stratégie.

Sur le front de la transparence, le brouillard reste épais. Les voitures des députés ? Aucune communication détaillée sur les acquisitions évoquées autour de El Malick Ndiaye; et pourtant un journaliste a fait la prison pour avoir donné des chiffres et le nom d’un fournisseur.

Les revenus du pétrole et du gaz ? Le Sénégal est entré dans l’ère des hydrocarbures, mais les chiffres précis demeurent l’apanage des initiés.

Les milliards promis aux sinistrés de Matam et d’ailleurs ? Les cinq milliards annoncés pour les blessés du “Gatsa Gatsa” ? Une nébuleuse budgétaire. La rupture devait ouvrir les livres ; elle a surtout perfectionné l’art du résumé.

Mais la force du Premier ministre ne réside pas dans les tableaux Excel. Elle réside dans sa capacité à retourner chaque situation à son avantage. Il attaque la presse, il tance les magistrats, il fustige les opposants d’aujourd’hui (anciens amis d’hier) et ressort toujours vainqueur. Seul contre tous, mais toujours au-dessus.

Il a une jeunesse derrière lui. Pas toujours nourrie. Rarement employée. Mais conquise. Quand il parle d’austérité, elle entend sacrifice patriotique. Quand il hausse le ton, beaucoup baissent les yeux. Qui dit mieux ?

Même le président Bassirou Diomaye Faye n’échappe pas aux recadrages publics. Chez lui, la loyauté ne va pas aux hommes, mais à sa propre vérité. Verticale. Incontestable. Presque sacrée. Wawaaw, koukoy wedi ?

Le plus fascinant n’est pas qu’il parle fort.

C’est que le pays parle bas.

Tout le monde sait que rien ne va vraiment. Mais tout le monde observe. Certains applaudissent. D’autres se taisent. Beaucoup espèrent encore. Car il a réussi l’exploit suprême : convaincre qu’il est le seul à avoir toujours raison, même quand les faits s’obstinent.

Peut-être est-ce cela, le véritable pouvoir : transformer la critique en complot, le doute en trahison, l’opposition en résidu.

Il est le seul politicien capable de gouverner comme s’il était encore en résistance. Le seul à incarner l’État tout en se posant en pourfendeur du système. Le seul à faire passer la fermeté pour salut national.

Mais à force de transformer chaque critique en complot, chaque interrogation en hostilité, chaque demande de chiffres en défiance, le pouvoir prend un risque : celui de confondre popularité et performance, ferveur et efficacité, adhésion émotionnelle et reddition de comptes.

Car une démocratie ne se nourrit pas d’applaudissements permanents. Elle se nourrit de clarté.

Et la clarté, pour l’instant, avance à pas comptés dans le brouillard officiel.

— Ndiawar Diop

Conférence des leaders Coalition Force d’Opposition Républicaine.

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