Chef du gouvernement, chef du parti, chef du peuple, chef de tout: Sonko, l’homme-orchestre de la République? – Par Ndiawar Diop
Démocratie participative ou dictature personnalisée ? Le Sénégal sous mode Sonko !
La récente déclaration d’Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal et président du parti Pastef, lors de la mise en place du Conseil national de son parti, aura laissé pantois plus d’un observateur lucide de la scène politique sénégalaise. Ce qui devait être un discours d’unité, de cap, de hauteur républicaine, a viré à un règlement de comptes à ciel ouvert, entre accusations déguisées, menaces sourdes, frustrations exprimées publiquement et tentations autocratiques à peine voilées. Une sortie qui choque, déçoit et inquiète à juste titre.
On pouvait espérer d’un homme qui a tant souffert de l’arbitraire qu’il incarne aujourd’hui une rupture ferme avec les pratiques d’intimidation et d’accaparement du pouvoir. Malheureusement, Ousmane Sonko semble céder aux démons qu’il a lui-même dénoncés avec virulence. À travers son discours, ce n’est pas une alerte institutionnelle qu’il lance, mais un avertissement personnel : « qu’on me laisse gouverner ! », dit-il, avec une insistance qui frôle l’ultimatum. Or, le Sénégal n’a pas voté pour un homme, mais pour un projet de rupture, porté par une équipe et non une personne. Le pouvoir n’est pas un monopole, encore moins un butin.
Plus grave encore, Sonko adopte une rhétorique autoritaire dangereuse, qui n’est pas sans rappeler les pires dérives du passé. Il s’attaque à la presse, qualifie une partie de la société civile de « fumiers », réduit l’indépendance des magistrats à une formalité subordonnée à l’exécutif, et exige que le Président de la République intervienne pour faire taire les voix discordantes. Ce discours est tout sauf républicain. Il révèle une conception verticale et personnelle du pouvoir, où toute critique devient une menace, toute indépendance un affront, et toute dissidence une trahison.
Qu’un Premier ministre déclare publiquement que « si j’étais à la place qu’il fallait que je sois, il y a des choses qui n’auraient pas lieu dans ce pays » est une entorse claire au principe de collégialité gouvernementale. Cela sous-entend que l’actuel Président n’est pas à la hauteur, sans le dire, tout en le pensant fortement. Ce double langage, qui flatte la base partisane tout en embarrassant l’institution présidentielle, affaiblit dangereusement l’image de l’exécutif. Il est inacceptable qu’un homme placé au sommet de l’État parle comme un chef de clan frustré de ne pas avoir la totalité du pouvoir.
En politique, la loyauté n’est pas synonyme de soumission, mais de responsabilité. Et la responsabilité impose le silence stratégique, la diplomatie interne et l’unité publique. Ce que Sonko a démontré, c’est l’inverse : un narcissisme politique préoccupant, un culte de la personnalité en gestation, et une tendance à se penser au-dessus de tout — du parti, du gouvernement, et même de l’équilibre institutionnel.
Il y a dans cette posture les premiers signes d’un autoritarisme rampant. Le rejet du pluralisme médiatique, le mépris pour les contre-pouvoirs, la victimisation systématique, la logique de confrontation permanente et l’incapacité à déléguer ou partager l’espace de décision sont des signaux faibles mais visibles. La démocratie ne s’accommode pas d’un homme providentiel incapable de supporter la contradiction.
Si Ousmane Sonko veut vraiment éviter l’échec de cette séquence historique, il lui faut d’urgence comprendre une chose simple : le Sénégal ne lui appartient pas. Le peuple sénégalais a voté pour une transformation, pas pour une centralisation des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, fût-il charismatique. Le pays attend des réformes, du calme, de la rigueur, et non des déclarations de guerre à chaque critique.
Face à ce tournant, il est impératif que le Président Bassirou Diomaye Faye, garant de l’unité nationale et de la stabilité des institutions, exerce pleinement ses prérogatives et rappelle que le Sénégal n’est pas une annexe de Pastef. Le Premier ministre doit se souvenir qu’il n’est pas un chef de parti en campagne, mais un homme d’État en exercice. L’État n’est pas un terrain d’essai idéologique.
Pour sortir de cette pente glissante, il faut une réforme sérieuse de la gouvernance interne du parti Pastef, une clarification des rapports entre l’exécutif et les forces politiques, et une professionnalisation urgente de la communication gouvernementale. Il est également temps de séparer les casquettes : on ne peut pas être à la fois chef de gouvernement, patron de parti, porte-parole du peuple et juge des magistrats. Cette confusion des rôles, entretenue par l’égo, nuit à la démocratie.
Il ne tient qu’à Ousmane Sonko d’être le symbole de la maturité politique et non de la frustration revancharde. L’histoire est en marche. Mais elle peut très bien se faire sans lui si ses dérives deviennent une menace pour l’équilibre national.
Par Ndiawar Diop, un citoyen préoccupé







