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Victoire nationale, abandon national : la protection des citoyens est-elle devenue optionnelle ? Par Ndiawar Diop

On parade avec le trophée abandonnant les 18 supporters à eux-mêmes: Quelle élégance patriotique !

Fêter la coupe et oublier les vrais  Ngaindes : Une assistance à géométrie variable, me dira l’autre.

La condamnation de 18 supporters sénégalais à la suite de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 ne relève plus d’un simple épisode lié aux tensions habituelles du football. Elle constitue aujourd’hui un révélateur politique majeur : celui de la capacité réelle d’un État à protéger ses citoyens lorsqu’ils franchissent ses frontières.
Au moment où le Sénégal célébrait sa victoire face au Maroc, ces 18 supporters entraient dans une toute autre réalité : celle des tribunaux étrangers, loin de l’enthousiasme populaire, loin des projecteurs médiatiques, et, selon de nombreuses perceptions citoyennes, sans une assistance juridique et diplomatique à la hauteur de la gravité de leur situation.
Le contraste est saisissant.
D’un côté, un trophée accueilli comme un symbole d’unité nationale, transporté d’institutions en institutions, accompagné de cérémonies officielles, de discours patriotiques et de célébrations nationales.
De l’autre, des familles confrontées à l’angoisse judiciaire, aux coûts juridiques, à l’incertitude humaine, et à un silence diplomatique perçu comme pesant.
Ces supporters contestaient un arbitrage jugé discutable. Certains ont pu être impliqués dans des tensions, mais d’autres auraient été arrêtés dans un contexte de dispersion de foule. Pourtant, au final, la sanction judiciaire apparaît collective dans ses conséquences, mais profondément individuelle dans ses souffrances humaines.
Pendant ce temps, la dynamique nationale de célébration s’est poursuivie, donnant à certains observateurs le sentiment d’un décalage entre l’émotion nationale liée à la victoire et la réalité vécue par ces citoyens.
Le malaise est accentué par le silence relatif de certaines voix influentes.
Les prises de parole publiques restent limitées du côté de figures mondiales comme Sadio Mané ou Idrissa Gana Gueye, ainsi que du côté des instances telles que la Fédération Sénégalaise de Football.
Même certaines figures culturelles majeures comme Youssou Ndour restent peu audibles sur ce dossier, malgré leur influence internationale.
Dans le football contemporain, l’influence médiatique constitue pourtant un levier diplomatique indirect puissant. Une prise de parole forte peut ouvrir des discussions politiques, médiatiques et internationales. À l’inverse, le silence laisse place aux interprétations, souvent au détriment des citoyens concernés.
Au-delà de ce cas précis, cette affaire réactive un sentiment plus profond présent chez une partie de l’opinion publique : celui d’une protection parfois perçue comme insuffisante pour les ressortissants sénégalais à l’étranger. Que cette perception soit totalement fondée ou non, elle existe politiquement, et en politique, la perception devient rapidement une réalité sociale.
Parallèlement, le Sénégal continue d’incarner une tradition d’hospitalité largement reconnue, accueillant et intégrant les ressortissants étrangers sans tensions majeures. Ce contraste alimente aujourd’hui une interrogation émotionnelle et politique : pourquoi ce niveau d’exigence morale interne ne semble-t-il pas toujours se traduire par une exigence équivalente lorsque les citoyens sénégalais font face à des difficultés hors du territoire national ?
Ces 18 supporters n’étaient ni des élites politiques ni des personnalités économiques influentes.
Ils représentaient le socle populaire du football.
Le “douzième homme”.
Celui qui remplit les tribunes.
Celui qui finance indirectement l’économie du football.
Celui qui donne une identité vivante aux Lions.
Aujourd’hui, ce sont pourtant eux qui supportent le poids le plus lourd des conséquences pendant que la nation célèbre sa victoire.
Il ne s’agit pas d’opposer les peuples africains ni de fragiliser les relations régionales. Il s’agit de poser une question fondamentale : jusqu’où va la responsabilité d’un État envers ses citoyens lorsqu’ils sont confrontés à des systèmes judiciaires étrangers ?
Une nation ne se mesure pas uniquement à la grandeur de ses célébrations.
Elle se mesure à la solidité de sa protection.
Dans ce dossier, l’attente citoyenne dépasse désormais la prudence diplomatique. Elle appelle à des actes concrets : assistance juridique visible, mobilisation diplomatique claire, communication politique assumée, et, si possible, démarches en faveur de mesures de clémence.
Car sinon, le message implicite devient dangereux: la nation est collective dans la victoire… mais individuelle dans l’épreuve.
Et au rythme où vont les choses, il faudra peut-être bientôt ajouter une nouvelle devise officieuse :
Supportez les Lions partout dans le monde… mais pensez surtout à prendre votre propre avocat avec votre billet d’avion.
Ndiawar Diop

Www.ndiawardiop.com

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